Pourquoi je n'arrive pas à reproduire en match ce que je fais à l'entraînement ?


Voici une question courante et il est important d'y répondre rapidement avant que ça ne devienne et ne s'installe comme une croyance limitante.


En effet, tu t'entraînes dur, tu progresses, tu sens que tu joues bien… mais en match, tout se complique. Tu ne retrouves plus tes sensations, ton jeu se dégrade, la confiance s’effrite. Tu n’es pas seul. Et la bonne nouvelle : ce problème a des solutions. Voici un tour d’horizon des principales raisons pour lesquelles tu n’arrives pas à reproduire ton niveau d’entraînement en match, et comment y remédier.


Voici quelques raisons possibles :


​1 - Dans un premier temps, on le lit d'ailleurs dans l'intitulé de la question, il se peut parfois,.par erreur de jeunesse ou manque d'expérience, que l'on se fasse une idée un peu limitante du jeu en se disant que bien frapper à l'entraînement va nous faire bien frapper en match.

Il existe évidemment d'autres paramètres qui entrent en ligne de compte, c'est ce que nous allons essayer de développer.


**1​. L’illusion de la performance à l’entraînement**

Comment arriver à reproduire en match ce que je fais à l'entraînement ? 


Tout d'abord, il est indispensable d'avoir en tête et de bien comprendre, avant de rentrer sur le terrain, qu'un match de tennis, c'est un peu plus que de frapper des bons services ou des bons coups droit.

Tant mieux si c'est le cas mais nos bons coups doivent avant tout absolument s'inscrire dans une logique stratégique de recherche de solutions.


RÉSUMÉ :

Il est courant de penser que si l'on frappe bien à l'entraînement, on frappera bien en match. C'est une erreur. L'entraînement est un environnement maîtrisé : mêmes balles, mêmes adversaires, conditions connues. Le match, lui, introduit des variables nouvelles qui demandent une adaptation permanente.


2​ - Ainsi, un manque d'analyse du jeu, des points forts et faibles de l'adversaire, de ce qu'il cherche à faire pour gagner ses points peut nous coûter cher.

En effet, si l'on oublie de passer par cette étape, les choses peuvent rapidement se compliquer.

Pourquoi ?

Car si vous n'arrivez pas à lire son jeu, à anticiper ses coups, comment est-ce possible de comprendre ce qui se passe sur le terrain et de répondre avec efficacité ?

Ensuite, si en plus le joueur en face, lui, analyse votre jeu, vous bloque sur vos points faibles et vous empêche de jouer avec vos points forts, il devient logique que l'issue du match se complique nettement.


**2. Le facteur analyse et lecture du jeu**

En effet, on l'entend souvent, "le tennis est un jeu d'échecs" !!!

Pour commencer sur ce point, il ne pas hésiter à prendre l'habitude dès l'échauffement et dès les 1ers jeux, de passer l'adversaire au crible, d'analyser son jeu, ses points forts et ses points faibles,. n'est pas négligeable non plus.

Comment ?

Lui envoyer des balles lentes, rapides, hautes, basses, liftées, slicé, sur le coup droit, sur le revers et voir comment il réagit.

Quelle balle le fait rater, raccourcir ?

C'est une étape importante que de comprendre ce que l'autre cherche à faire pour mieux lire et mieux anticiper son jeu, ses schémas et notamment ceux qu'il va chercher à utiliser dans les moments chauds du match.

En effet, c'est un peu comme un joueur d'échecs qui a un coup d'avance sur son adversaire.

Et avoir ce coup d'avance, c'est ce qui permet de mieux préparer nos réponses et nos attaques en utilisant nos points forts, ce que l'on fait de mieux.

Comprendre donc rapidement ce que l'autre va faire et comment il compte s'y prendre pour tenter de remporter la partie est crucial.

Par exemple, est-ce qu'il mise sur sa régularité en espérant être plus solide et que vous allez être celui des deux qui va commettre le plus d'erreurs.?

​- Auquel cas, vous,​ de votre côté, quel style de jeu avez-vous l'habitude d'utiliser ?

Allez-vous également chercher à être le joueur plus solide et trouver des moyens de le faire craquer !

​- Ou au contraire , vous avez l'habitude de tout attaquer en créant des espaces et en lui enlevant du temps, ce qui implique que vous devez bien exécuter et que vous allez faire plus de points que de fautes. Si c'est le cas, tant mieux, on continue.

Si malheureusement je suis celui des deux qui fais plus de fautes que de points, j'ai encore 2 options :

1/ Je continue sur la même stratégie en essayant d'élever mon niveau de jeu en : cherchant par exemple à mettre :

plus de concentration, plus d'engagement, plus d'intensité, plus de jeu de jambes, plus de précision...etc

2/ Je ralenti légèrement d'un point sur une échelle de 1 à 10 afin de commettre moins d'erreur et je cherche à être plus sélectif dans le choix des balles à attaquer.

En définitive, je cherche à être plus solide pour ensuite attaquer les bonnes balles.

Si c'est un joueur attaquant, puissant qui me met sous pression et me pousse à l'erreur, que puis-je faire ?

​- Me battre autant que possible, le contrer et le faire jouer un maximum afin qu'il s'impatiente et finisse par craquer en prenant des risques inconsidérés.

​- Éventuellement aussi le fixer sur un côté du terrain, de préférence le point faible s'il y en a un, par exemple jouer des balles bombées sur son revers ou des balles basses slicés qui seront difficilement attaquables.

Etc etc ..

Évidemment, l'expérience des matchs, les discussions et échanges fréquents avec son coach sur la compréhension du jeu, les stratégies permettent d'apprendre et de développer des solutions stratégiques face à des types de joueurs différents et d'ajuster un certain nombre de petits éléments lorsqu'on a besoin de trouver des solutions.


RÉSUMÉ :

Un joueur qui ne lit pas le jeu de son adversaire prend du retard sur les échanges. Lire, analyser, anticiper sont des compétences essentielles. Savoir ce que ton adversaire cherche à faire te permet de contrer efficacement et d’imposer ton jeu. Commence dès l’échauffement à observer : que préfère-t-il ? Que rate-t-il ?


3/ Ensuite, un manque d'adaptation aux conditions de jeu complètement différentes : jeu de l'adversaire et conditions extérieures (terrain, balles, météo...), qui changent forcément les sensations de jeu que l'on a lorsqu'on s'entraîne toujours avec les mêmes joueurs, sur les mêmes terrains, les mêmes balles et pire encore ceux qui jouent sous couvert une grosse partie de l'année.

En effet, que faire et comment s'adapter lorsqu'il y a du vent ? Lorsque les conditions de jeu sont rapides ou lentes ? Lorsque les balles sont lourdes ou trop légères ?

Lorsque je joue en altitude ?

En effet, il arrive souvent que les joueurs éprouvent et ressentent des difficultés à s'adapter à des conditions de jeu changeantes.


**3.Dans des conditions de jeu radicalement différentes, le tennis est un jeu d’adaptation stratégique.

Voici quelques exemples :

​- Comment jouer lorsque les conditions sont rapides (terrain, adversaire qui joue vite, balles vives notamment en début de match) ?

-> Écarter ses appuis pour baisser le centre de gravité,

-> réduire ses amplitudes, être plus compact.

​- Comment jouer dans des conditions de jeu lentes (terrain lent, terre battue humide, balle gorgée d'eau, balles moins neuves, adversaire qui ralentit le jeu...) ?

-> Ne pas tomber dans le piège de forcer.

-> Au contraire, chercher la force dans le sol, avec ses appuis et restez bien relâché en haut du corps pour pouvoir accélérer sans effort.

-> Ne pas se précipiter et attaquer les balles favorables en les prenant tôt afin d'utiliser l'énergie de la balle et enlever du temps à l'adversaire.

​- Comment jouer lorsqu'il y a du vent ? Avec un vent dans le dos, de face, de côté ?

On retrouve énormément de tutos à ce sujet, je vous laisse faire quelques recherches à ce sujet.

Voilà, la réponse n'est pas exhaustive mais l'idée était surtout d'ouvrir une porte et prendre conscience que développer sa capacité d'adaptation est un élément essentiel pour un joueur de tennis compétiteur.


RÉSUMÉ :

Chaque adversaire, chaque situation est un problème à résoudre. Tu aimes attaquer mais fais trop de fautes ? Soit tu élèves ton niveau d’exécution, soit tu ralentis le jeu et attaques au bon moment. Tu fais face à un joueur puissant ? Ralentis, fixe-le sur son point faible, contre-attaque. Plus tu comprends les styles de jeu, plus tu crées de solutions.

Aussi, jouer toujours dans le même club, sur le même terrain, avec les mêmes balles ne prépare pas à l’imprévu. En match, le vent, le type de surface, l’adversaire, l’altitude, les balles… tout change. Ton jeu doit s’adapter. Apprends à modifier ton placement, ta manière de frapper, ton timing selon les conditions.


4/​ Avec la pression du match officiel, il arrive parfois aussi que l'on manque d'outils en termes de gestion des émotions.

En effet, les émotions sont logiquement bien plus intenses en match. Dans un "match qui compte", il suffit de quelques points perdus et quelques coups ratés pour que le doute s'immisce et s'installe plus vite que l'on ne l'aurait pensé.

À partir de là, un discours interne négatif peut rapidement se mettre en place :

"comment c'est possible de rater ça ? Mes sensations ne sont pas bonnes aujourd'hui. Je ne suis pas dans un bon jour. Pourquoi je rate ça, j'y arrive à l'entraînement​" etc etc...​

Et lorsque le doute prend place, et s'installe, on perd logiquement toute sa concentration, sa confiance, sa clairvoyance et sa lucidité et on finit par perdre ses moyens, par s'énerver et se décourager.


**4. Muscler son mental : un entraînement à part entière**

Aussi, dans un autre domaine, il convient de développer sa capacité à gérer ses émotions en musclant son mental.

Alors comment muscler son mental ?

​ - Pour commencer,​ on peut observer que développer sa capacité d'analyse de l'adversaire et sa capacité d'adaptation augmente intrinsèquement ma confiance et mon aptitude à moins douter et paniquer.

​ - Aussi, avoir conscience que je vais perdre des points, sûrement des jeux et peut être même un set mais que je peux quand même gagner le match = idée de moins douter, paniquer.

​ - Ce qui est sûr, c'est qu'il faut aussi avoir en tête avant son match de prendre l'engagement vis à vis de soi de chercher des solutions et de se battre jusqu'au bout,​ quel que soit le scénario.

Il faut être prêt à ça : si je suis mené, quoiqu'il arrive, je ne lâche rien et cherche des solutions jusqu'à la dernière balle et je m'applique ce mantra.

"Il y a toujours un chemin vers la victoire".

 Mettre en place des routines qui permettent de ne pas laisser les phrases négatives prendre le dessus. Après chaque point, gagné ou perdu:

- rejoindre sa serviette, replacer ses cordes...

- s'entraîner, apprendre à reconnaître lorsque notre discours interne est négatif pour pouvoir le remplacer par des phrases positives :

​Aller, bats toi, t'es un guerrier ! Encore, continue, engage-toi ! etc..etc...

Rester positif, transformer le négatif en positif et croire en soi nécessite un véritable entraînement qui peut se faire en amont lors de matchs d'entraînement et que l'on peut (doit) évidemment prolonger et rechercher en match officiel.

- se poser éventuellement la question: "qu'est ce qui est important maintenant ?

Cela permet de se recentrer sur ses intentions et ses choix tactiques.

- certains joueurs passent par de la visualisation, ça leur parle et les aide beaucoup.


RÉSUMÉ :

Ton mental se travaille comme ton coup droit. Engage-toi à chercher des solutions, quoi qu’il arrive. Crée​ des routines mentales entre les points, visualise des scènes de match, anticipe les scénarios difficiles. Ton engagement mental est ta meilleure arme.


**4 bis. La pression du match : gérer ses émotions**

En compétition, l’enjeu crée du stress. Un point raté, une erreur, et le doute s’installe : "Pourquoi je rate ça ? Je le réussis à l'entraînement !"

Le discours interne devient négatif, tu perds confiance. Il faut s’entraîner à gérer ses émotions : respirer, se recentrer, utiliser des routines entre les points, adopter un langage interne positif.


5/ Enfin, un manque de matchs d'entraînement autonomie en dehors des entraînements "classiques".


**5. L’entraînement au match : jouer sous pression**

En ce sens, l'on ne doit pas hésiter à inclure de manière régulière des matchs d'entraînement, en autonomie ou suivi avec son Coach, et entier de préférence, pas juste 1 set, afin de jouer un peu une répétition générale avant d'aller se lancer directement dans la compétition officielle sans passer par cette étape.

Cette étape peut faire la différence au final dans un processus de progression car elle permet au joueur d'essayer un certain nombre de choses, voir ce qui marche, ce qui ne marche pas, de travailler sur ses stratégies, sur ses routines physiques et mentales...etc....


RÉSUMÉ :

Fais régulièrement des matchs d'entraînement complets. Ils sont essentiels pour simuler la pression, tester tes routines mentales, analyser tes stratégies. Plus tu te mets dans des situations réalistes, plus tu seras prêt en match officiel.




Dans ce contexte, j'espère qu'après avoir lu ces lignes, l'on comprend mieux maintenant, qu'au delà de la technique qui joue évidemment un rôle non négligeable, mais ce n'était pas le but de ce post que de le souligner, l'importance de l'entraînement et d'une réelle préparation stratégique et mentale en amont de ses matchs si l'on mette plus de chance de son côté dans une discipline sportive où le match nul, l'ex-aequo n'existe pas.

Pour finir, trouver une structure et notamment un Coach passionné avec lequel l'on va pouvoir échanger et débriefer de ses matchs de manière régulière peut être un réel accélérateur de progrès dans son tennis.

Autrement dit, réussir en match ne dépend pas que de ta technique. C’est une combinaison d’analyse, d’adaptation, de gestion émotionnelle et de stratégie. La clé est de t’entraîner à toutes ces dimensions, pas uniquement à bien frapper la balle. Et surtout, entoure-toi : un coach, un partenaire de jeu, un regard extérieur, peuvent te faire gagner un temps précieux.


Alors, bonne préparation, bons entraînements, bons matchs !



FRÉDÉRIC CASELLES - Directeur sportif




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